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En entrant dans le bureau de Richard Blaimert, je croyais y trouver un amoncellement de scénarios. Depuis le temps qu'il écrit… Rien! Pas la moindre trace de papier. Un bureau sobre, propre, rangé, une table de travail surplombée d'un Macintosh dernier cri, un téléphone, une tasse de café… de la musique. C'est ici que Richard écrit, dans le calme et la solitude, avec ses deux chiens blancs et son chat noir, fidèles compagnons de son quotidien.
Beau temps, mauvais temps, Richard se lève entre six et sept heures du matin. Il lit le journal en prenant trois ou quatre cafés. «Pour écrire, il faut être un peu survolté.» Il jette un regard sur son courrier électronique avant de s’installer à son bureau. Il travaille de 8 h à 11 h 30 puis s’arrête 30 minutes pour le lunch. Il lui arrive d’écrire dans un café, surtout quand il est à l’étranger. Même entouré de monde, il a la capacité incroyable de s’isoler. De retour au bureau, il écrit une partie de l'après-midi et s'arrête aux alentours de 15 h. Quand ça va bien, il peut continuer jusqu’à 17 h. Ensuite, histoire de garder la forme physique et mentale, il va au gymn ou au yoga. Le soir, il regarde la télé. «Je regarde 20 heures de télé par semaine.» Il travaille souvent 6 jours par semaine. Parfois, entre deux textes, il s’arrête une journée ou deux pour faire le vide.
Il y a les bonnes et les mauvaises journées. Avec le temps, il a appris à les reconnaître. «Quand ça va mal, j'arrête. Au début, je paniquais mais plus maintenant. Y a rien comme une bonne séance de magasinage pour te changer les idées.»
Sa solitude, il a fini par l’apprivoiser. Seul? Pas tant que ça… Chaque soir, il s’endort en pensant aux histoires du lendemain. «J’y pense au moins 45 minutes chaque soir avant de m’endormir. J’y pense en auto, en avion. Tout est dans ma tête mais c’est pas souffrant d’être avec mes personnages.»
Richard est un grand consommateur de télé. «Je trouve ça essentiel dans mon métier. C’est un choix.» Il avoue ne pas lire assez mais plonge avec délice dans l’univers de Nancy Huston ou de Paul Auster. Du côté cinéma, les films d'Almadovar le touchent beaucoup, ceux de Lars Von Trier aussi, Dogville surtout. «Je suis bon public même pour les films quétaines mais en général, j’aime que ça détonne, que ce soit singulier.»
Et ses personnages dans tout ça? «Gary, le psychologue dans Le monde de Charlotte est celui qui m’a donné le plus de fil à retordre. Il fallait que ce qu’il dise soit cohérent. Après tout, je ne suis pas psychologue !» Il aime aussi Huguette, Louise et Paule car leurs propos sont différents. «Elles sont tout le temps sur la corde raide. Louise, c’est ma préférée, sa folie est nourrissante. Mais au fond, Charlotte est le personnage qui me ressemble le plus même si elle est à la fois proche et loin de moi. Déjà à cinq ou six ans, j’étais curieux, sensible et je ne me contentais pas des vérités toutes faites. J’avais envie de comprendre les choses. Ça fait longtemps que le genre humain m’intéresse.»
S'il n'avait pas été scénariste, il aurait aimé être psychologue. Est-on surpris ?
J'ai eu envie de quitter le bureau de Richard Blaimert sur la pointe des pieds pour ne pas déranger les Lana, Louise, Huguette, Charlotte et tous les autres personnages qui se baladent dans sa tête sur la ligne trouble qui sépare la réalité de la fiction.
En partant, l'espace d'un instant, j'ai cru voir sourire son chat et ses chiens…
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