Les hauts et les bas dans la vie d'un scénariste

On parle d'eux à la maison, au travail, dans la rue, entre amis… On les critique, on les admire, on les plaint. L'été, on s'ennuie d'eux. Ils traversent nos vies à heures fixes mais nous habitent en permanence… les Lana, Joujou, Françoise, Karine, Louise, Henri, Huguette, Paule et tous les autres personnages créés par Richard Blaimert.

En tant que scénariste, Richard façonne leur destin, dicte leurs pensées, leurs désirs et leurs rêves. Il leur met les mots dans la bouche, des mots teintés de sentiments nobles ou honteux. Il a tous les pouvoirs sur eux même celui de vie ou de mort! Du bout de sa plume, il caresse la peau fragile de l’âme humaine...

Beau métier que celui de scénariste mais pas si facile que ça! Richard Blaimert en sait quelque chose…

Trouver l'idée…

Le scénariste est un témoin de la réalité constate Richard et son art consiste à la transformer en un univers original, particulier. «En ce qui me concerne, je soumets aux producteurs ce que j'ai envie de voir à la télé.» Malgré la multitude de sujets abordés à l’écran, Richard croit que tout bon scénariste doit cultiver son instinct visionnaire. Il doit avoir une longueur d’avance sur tout le monde et pressentir les modes. «Nous étions deux autres auteurs à avoir soumis un projet fantastique en même temps que celui de La grande Ourse, c’est bien pour dire !» Garder l’œil ouvert sur ce tout ce qui se fait ici et ailleurs, demeurer actif, éveillé… c'est essentiel pour un auteur affirme-t-il. L’actualité demeure donc une source précieuse d’informations pour lui.

Watatatow, Diva, Le monde de Charlotte, Un monde à part et Cover Girl sont autant de projets sur lesquels les producteurs ont demandé la collaboration de Richard en tant que scénariste. Ce sont des commandes d’écriture. Par contre, au fil du temps, il s’est approprié l’univers des téléromans Le Monde de Charlotte et Un monde à part. «Je me suis beaucoup impliqué en apportant à ces projets une dimension très télévisuelle. C’est moi, entre autres, qui ai suggéré que Charlotte voie un psychologue.» En fait, la série Sophie, présentement en développement, est son premier projet d'écriture personnel et il saura bientôt quel sort on lui réserve ! Quant à Cover Girl, qu’il écrit avec Pierre Samson, son rôle est de critiquer, orienter et aider au développement des scénarios.

Une porte qui s'ouvre… ou qui se ferme

Présenter un projet à un producteur, c’est toute une aventure ! Richard avoue d’emblée que sa réputation lui ouvre des portes. Forcément, le lien de confiance est déjà établi. Mais connu, pas connu, un projet doit être bon et original pour passer la rampe! Ensuite, le scénariste écrit une bible et un texte de la future série. «Ce qu’on appelle la bible dans le jargon de la télé, c’est l’articulation de la série, le ton qu'elle prendra et la description des personnages.» Puis, vient la période la plus difficile, celle des essais, celle de l’attente et de l’incertitude aussi. L'auteur écrit plusieurs textes, reçoit toutes sortes d’analyses et de commentaires et… il réécrit. Il faut trouver le bon ton ! Rien n’est acquis, même en développement, le projet peut être rejeté en tout temps!!

Écrire … avec des échéances

La première année d’une série est toujours la plus difficile. C'est une période de rodage semée d'embûches et… d'échéances! «J'écris depuis des années. Mon corps s’est habitué et a développé une meilleure mécanique face aux échéances mais ça demeure encore difficile. On ne s'habitue jamais complètement à ça.»  Il a déjà écrit 32 demi-heures dans la même année. Un vrai tour de force!

Un épisode d’une heure prend environ deux semaines à écrire.. En téléroman, Richard fait deux versions. Pas le temps d’en faire plus !  Il est libre d’aborder tous les thèmes qu’il veut ou presque. C’est l’avantage de sa réputation… d’une confiance gagnée. Il est vrai qu’au Québec, on est très ouvert. «Les gens veulent voir ton univers avec le moins de censure possible.» La frustration des scénaristes vient plutôt des contraintes budgétaires surtout au niveau du téléroman. «L’auteur doit vraiment rester dans l’émotionnel. Croyez-moi, ça prend beaucoup de métier pour contourner les contraintes budgétaires

À chacun son métier…

Richard est toujours consulté pour le choix des comédiens. En fait, ce choix résulte d’un concert d’idées entre l’auteur, le réalisateur et le producteur. Pour le reste, réalisation, décor, costumes, maquillage, coiffure, Richard n’intervient pas. Par manque de temps et surtout parce qu’il fait confiance aux équipes. Par contre, il regarde toutes ses émissions et fait, à l’occasion, des commentaires. «Je suis franc et direct mais très respectueux. On veut tous améliorer le projet.» Finalement, quand il assiste aux enregistrements, c’est par plaisir, un peu pour se changer les idées mais il avoue que plus jeune, ça l’excitait, le survoltait.

Les qualités d’un scénariste

Il faut d’abord accepter la solitude, t’es tout le temps tout seul! Avoir le sens de l’observation, c’est le moteur, et être discipliné, ça va de soi !

Les techniques d’écriture et les concepts de base d'un scénario, ça s'apprend mais pas le talent affirme Richard. «Il faut jamais perdre de vue que l’univers de l’auteur est particulier, original. Atteindre un état de conscience éveillé, savoir comprendre l’être humain, s'attarder à sa nature,  avoir de bonnes notions de psychologie, ce sont là des qualités essentielles à l'auteur. Les gens doivent croire en tes personnages, à leurs défauts et à leurs qualités Il faut aussi que ton projet ait du souffle. Et que dire de l'importance d'un bon français!  Moi j’ai pris beaucoup de cours de grammaire. Avec le temps, je maîtrise mieux la langue et ça m’aide à trouver les mots les plus justes possibles pour exprimer ma pensée…  Somme toute, c’est en écrivant qu’on devient scénariste.»

Et la critique ?

C'est la bête noire de tout créateur! Elle vient autant du milieu que de l’extérieur. Elle peut vous déstabiliser ou vous sécuriser. «Peu importe toutes tes années d'écriture, c’est toujours ton dernier texte qui est en jeu.» Richard reste ouvert à la critique, en pèse le pour et le contre et poursuit sa route. «C'est un débat constant avec soi-même. Par contre, si tu ne tiens pas compte de la critique et que tu veux n’en faire qu'à ta tête, il vaut peut-être mieux que tu écrives des romans. Il y a beaucoup plus de latitude dans ce domaine même si tu as aussi des commentaires de ton éditeur. La télé, c’est un travail d’équipe, il faut l'accepter pour ne pas être malheureux.»

Un parcours difficile….

Il ne se pensait pas capable d’écrire. Lire des romans de quatre cents pages l’impressionnait ! Malgré l’ardent désir de devenir un auteur, il est devenu… un acteur. «Ça devait être épouvantable pour les auteurs. Malgré moi, je critiquais leurs textes tout le temps.» Acteur moyen, timide et introverti, Richard avait de la misère à laisser passer les émotions. L’écriture lui a permis de s'éclater, de révéler l’âme humaine dans toute sa splendeur et son mystère. Pendant deux ans, il a écrit tous les matins. Il a fait quelques publicités, juste de quoi subsister. Il a soumis des projets à plusieurs producteurs. Il a attendu des réponses en vain. Il a vécu des rejets, beaucoup de rejets. «C’est très dur pour ton égo. C’est blessant, frustrant. Il faut vraiment que tu aies un besoin viscéral d’écrire, une motivation profonde qui te pousse à continuer, que ça soit plus fort que tout.» Durant quatre ans, tout a été refusé mais finalement sa persévérance a eu raison de tout. Patience et longueur de temps dit le dicton. La vie a aussi placé certaines personnes sur sa route. Un bon jour, Marc-André Coallier l’a informé qu’on cherchait des scénaristes pour Watatatow. On connaît la suite…

Difficile le métier de scénariste? Peut-être… mais aujourd’hui, à 40 ans, Richard Blaimert est très fier du chemin parcouru et pour rien au monde il n'échangerait l'univers des Lana, Paule, Huguette, Louise, Charlotte, Karine et de tous les autres…